|
Lorsqu'en Juin 2005 m'est venu l'idée de créer un nouveau
prix littéraire, à aucun moment je ne l'ai envisagé comme un moyen de
concourir à ceux existant déjà dans le circuit actuel (Merlin, Rosny Aîné,
etc....) mais plutôt comme une nouvelle opportunité pour les écrivains du
genre de se voir distingués par les lettres pour la qualité de leurs
histoires ou le talent dont ils auront fait montre en tant qu'artistes
peintres. Ainsi, {{Le Prix de l'Armée des 12 Singes}} sera né de cette double
préoccupation quand aux personnes oeuvrant pour des arts comme la lettre ou
l'image. Je ne pense pas qu'il soit bien légitime de distinguer dans les
genres de l'imaginaire deux exercices aussi complexes que sont les lettres et
les images, non pas d'un simple point de vue esthétique, comme on pourrait
l'envisager de façon très primaire. Disons que le panache d'une telle
catégorie littéraire est bien justement de rendre possible cette cohabitation
entre l'écrit et l'image par une similarité de " climats " et une correspondance
de paysages, les paysages mentaux suscités par une écriture chargée renvoyant
à des images-archétypes primitives que seuls des illustrateurs en ayant une
vision suffisante parviennent à incarner sur une couverture qui est la
première chose qui frappe un regard. Et je pense que c'est là que se tient
l'une des raisons pour lesquelles la littérature dite " blanche
" fait preuve d'autant de
prévention vis-à-vis d'une littérature que somme toute elle ne peut s'empêcher
de réduire à des images trop enjolivées et spéculaires qu'elle juge déviantes
parce que faussant le vrai message du réel, ce qui se présente là, devant
soi. Erreur d'origine, confusion intellectuelle concernant les opposés entre
raison et imaginaire, le résultat est là, des littératures de l'imaginaire
manquant à dépasser le soupçon de falsification qui menace un réel qu'une
raison semble en devoir de conserver, manquement pour une littérature dite
blanche (même si le terme est ici malaisé) à dépasser un cadre préétablit,
déjà fixé et qui semble se réduire continuellement à l'intimiste et au
relationnel, oubliant le romanesque et la parure. En Juin 2005 j'ai lancé une
idée, il lui manquait un nom.<BR>
Nous perdions alors en titres tapageurs, formes nominales
et autres qualificatifs que nous nous efforcions tous de vouloir frapper les
imaginations, sans nous rendre compte un seul instant qu'il manquait une âme
à notre prix, quelque chose qui pourrait signifier une certaine subversion
sans pour autant impliquer une volonté de nous démarquer de tout le monde et
de faire route en solitaire. C'est à ce moment là que l'une de nos
collaboratrice, Valérie Revelut, nous proposa le titre révolutionnaire de
"Prix de l'Armée des 12 Singes" . Interloqués au départ, nous nous
sommes convenus tous de nous en tenir à un titre non pas subversif mais
pamphlétaire dans ses lettres mêmes. Ainsi devait naître "Le Prix de
l'Armée des 12 Singes" sous le patronage d'une bande de passionnés,
chercheurs, spécialistes du genre ou tout simplement lecteurs attentifs aux
formes que peuvent emprunter des genres aussi poreux et inactuels. Le dernier
écueil qu'il nous restait à dépasser était celui de la spécificité de ce prix
littéraire. En effet, arrivé à ce niveau de notre architectonique du prix
comme récompense accordée à un tiers, l'épineuse question qui relevait de
l'instance s'imposait à nous avec la menace de nous voir relégués à un comité
restreint et donc à une inévitable relativisation de la portée de notre
jugement, de nos choix. Pourquoi alors ne pas postuler pour la possibilité de
dédoubler ce prix en un prix du public et un prix du jury ? Ainsi, notre
décision se porta sur cette possibilité d'avoir deux visions, celle d'un
public de passionnés qu'on espérait le plus large possible et celui d'un jury
qu'on voudrait à ce point irréprochable qu'il pourrait faire des choix ne
relevant pas seulement des modes et intérêts mais des goûts et avis éclairés
quand aux qualités des textes et à celles des artistes oeuvrant pour les
genres de l'imaginaire. Un prix était né, manquait une effigie, ces diplômes
qui manquent tant à l'appel pour distinguer un travail, pour dire merci, pour
dire encore, pour que de mains en mains se fassent d'heureuses
correspondances de sentiments quand à cette attribution relevant d'une
élection, d'une élévation à une oeuvre qui tranche sur les autres parce
qu'elle a touché, parce qu'elle a su marquer une différence stylistique ou un
ton nouveau. Nous réussîmes ainsi à obtenir un logo assez significatif
distinguant un prénom et un nom, un extrait de l'oeuvre jugé symptomatique de
l'entreprise d'écriture de celui qui use de sa plume pour raconter. Raconter
est aussi bien possible par les mots que par l'image, c'était décidé, ce
serait notre objectif pour les années à venir. De fait, arracher à une oeuvre
écrite ce qui fait une spécificité qu'elle soit écrite ou de forme et de
couleur, sera chaque année une manière pour nous que nous nous attachons à
des textes gagnant à être lus ou des peintures suscitant les imagination de
façon tout à fait appréciables. Arrivé à ce point, je me suis interrogé sur
le fait de savoir s'il était possible de faire mieux, plus pertinent, pas
plus beau que les autres et sombrer ainsi dans un snobisme crétin, mais comme
un hommage nécessaire, une marque artistique pour saluer un travail qui aura
certainement suscité beaucoup de douleurs, d'engagement, de sacrifice,
l'accouchement symbolique socratique de soi-même à l'oeuvre qui dort en
puissance dans notre corps et qui est esprit comme biologie, cette cause
étant la raison la plus grande d'écrire. Ainsi est venue cette envie légitime
de voir une image aux côtés de l'écrit, comme deux miroirs s'interrogeant sur
le signifiant et le signifié, sur le dit et le voir, éternel questionnement
sans réponse, si ce n'est cette division qui pourrait renvoyer en quelque
sorte à notre propre séparation et notre besoin sans satisfaction de faire
correspondre la fonction dirimante du réel qui nous fait face et violence
avec la fonction imaginaire, iconique, à toujours vouloir dépasser cette
évidence pour en toucher l'idée, voir pour les genres de l'imaginaire
l'altérité qui nous permette enfin de dépasser le mot et nous dire qu'il y a
transcendance possible dans une écriture et que l'image qui lui fait face
peut aussi signifier du non réel, du non phénomène, du non dit, mise à
l'épreuve du réel, torsion de ses données et non pas contradiction de son
statut central sur la vie dans laquelle nous nous mouvons sans réellement
nous comprendre ou nous situer. Du renversement Copernicien je passerai au
renversement Bachelardien pour définir le pathos secret d'un genre, quand
l'écriture peut nous faire toucher à des sources obscures abreuvant le réel
sans pour autant être mobilisées pour révéler un tout clair et limpide,
saisissable immédiatement par cette conscience souvent opposée bêtement à un
inconscient dont on fait à tort l'arrière court néfaste de tout un chacun. La
volonté de voir figurer une illustration auprès d'un écrit s'imposa donc
alors à nos esprits comme une évidence absolue. Je décidai donc de contacter
un artiste avec lequel le Science-fiction magazine avait déjà travaillé.
Alexandre Thuis, dont on connaissait déjà l'excellence artistique me fournit
alors la possibilité d'illustrer notre prix d'un choix de 3 illustrations. Un
vampire de toute beauté qui laissait loin derrière les vampires clonés d'un
John Bolton, une saynète mettant en scène des créatures issues de l'imagerie
fantastique, une autre exposant le combat éternel d'un chevalier contre un
dragon, j'avais là de quoi illustrer ce prix. A ces illustrations
s'ajoutèrent des paysages martiens plus spécifiques au genre sf qu'il m'a été
permis d'utiliser ainsi que diverses couvertures pour les mentions spéciales
et certaines catégories, et j'avais là enfin tout le matériel pour faire de
ce prix un bel hommage aux artistes des mots et des images qui
continuellement interrogent de leur art la muse silencieuse, cette sphinx qui
ne dit jamais mot mais signifie les rêves sans formes qui font les
histoires...
LE PRIX DE L'ARMEE DES 12 SINGES : CORPUS
S'il est une chose vraie dans les littératures de
l'imaginaire c'est leur propension à susciter des catégories. Mais bien plus,
d'un simple point de vue littéraire, faire des prix remerciant des exercices aussi
différents que les essais, recueils, nouvelles indépendantes, romans ou
cycles, est apparut comme une évidence absolue. Enfin, inclure spécialement
une catégorie allouée aux artistes traitant des genres fut une autre
obligation eu égard à des prix insuffisants à remercier le travail immense de
ces personnes vouées à leur unique instrument de travail.
Le Prix de l'Armée des 12 Singes comportera donc
dorénavant les catégories suivantes
et se divisera entre deux prix spécifiques, l'un relevant du Prix du
Jury, l'autre du Prix du Public. Je signale que, comme je n'ai pu
malheureusement le faire dans cette première session, Le Prix de l'Armée des
12 Singes sera scindé en deux écoles, l'école de langues étrangères
(anglo-saxons, américains, etc...) et l'école française. Cela laissera la
voix à toute une floraison d'auteurs méritants et novateurs pour le genre
trop souvent éclipsés par l'aura médiatique de leur homologues de langue
étrangère.
Roman Fantastique :
souvent défini comme le genre pauvre en France, il a été distingué cette
année par la plume furieuse et belle d'une femme écrivain de grand talent,
par des nouvellistes et des artistes de grand talent qui chaque année seront
justement récompensés.
Premier roman fantastique
: cette catégorie récompensera l'auteur dont c'est la première incursion
dans le genre sous forme de roman. Cette catégorie permettra de distinguer
souvent des plumes peu connues, souvent trop vite éclipsées par les autres
prix ne s'arrêtant pas assez sur cette spécificité riche et féconde......
Cycle Fantastique :
typique de ces littératures de l'imaginaire, cette catégorie fera chaque
année un gros plan sur un cycle marquant du genre....
Roman de Science-fiction :
il est apparu également comme une nécessité de bien compartimenter les
genres. En accordant à la sf son propre prix, nous avons pris le risque de
laisser rentrer plus d'oeuvres apparentées au genre ou relevant spécialement
de la science-fiction, ce qui permettra, nous le souhaitons, de donner leur
chance à des oeuvres pas assez remarquées ou exclue des autres prix.....
Premier roman de
Science-fiction : là encore, il fut impératif de procéder à cette
distinction. Cela évitera que des auteurs plus connus l'emportent à chaque
fois aux détriments d'auteurs débutants dont c'est la première aventure dans
le genre sous le médium du roman. Cette catégorie complémentaire devrait être
une obligation pour chaque prix littéraire. Car même si nous ne voulons pas
professer pour tout le monde, il est bon de temps en temps de se faire
entendre et de communiquer un désire, mieux, une évidence, nécessaire et
obligatoire pour tout prix voulant donner sa chance à chacun.....
Cycle de Science-fiction :
idem que pour sa catégorie soeur, cette distinction rappellera combien la sf
a de fécondité quand à ces longues sagas......
Roman de Fantasy :
genre phare dans les genres de l'imaginaire, la Fantasy sera dignement
distinguée chaque année dans toutes ses nuances. Mais à ce niveau, nous nous
sommes gardés d'édifier des catégories sous-jacentes (Urban-Fantasy,
Low-Fantasy, etc...) .
Premier roman de Fantasy :
vital et urgent afin de révéler de nouveaux loups qui seront les futurs
grands prosateurs de demain...
Cycle de Fantasy :
impératif pour un genre qui connaît encore plus la profusion du roman
feuilleton.
Romans jeunesse :
depuis C.S. Lewis, il est impératif de reconnaître également ce genre à part
entière.
Recueil : nous avons
pu constater que chaque année de nombreux recueils fort pertinents font leur
apparition sur les étagères des librairies. Besoin d'explorer des thématiques
différentes ? Envie de jongler avec plusieurs histoires autour d'un thème
unique ? Quoiqu'il en soit, cette catégorie a ses lettres de noblesses au
regard des très grands qui s'y sont illustrés par le passé.
Nouvelles : on ne
compte plus les nouvelles produites par des auteurs chevronnés ou débutants,
les qualités dans cette catégorie ne dépendant pas toujours d'un nom ou d'une
renommée mais d'une plume peut-être plus puissante que les autres dans sa
magie évocatoire. Des dizaines seront collectées chaque année, sans
distinction des motivations ou des écoles, le tout étant qu'elles ressortent
d'un imaginaire pouvant à la fois provenir des genres consacrés que de cette
littérature blanche qui parfois produit des textes relevant des genres tout
en ne s'en revendiquant pas. Chez nous, chacun se verra le bienvenu, seule
compte la bonne volonté à s'ouvrir, s'ouvrir pour échanger, s'ouvrir pour
permettre le don à la communauté des talents particuliers...
Essais/Etudes : tout
comme les recueils, nous voyons depuis quelques années se multiplier les
études et essais sur des genres et auteurs qui oeuvrent brillamment pour
éclairer des genres souvent difficiles d'approche pour le profane ou tout
simplement les lecteurs curieux de mieux connaître ce qu'ils lisent sans
nécessairement savoir de quoi cela relève.
Âge d'or : nous
avons longuement hésité avant de lancer cette catégorie, tellement cette
occurrence peut se révéler comme futile au regard des auteurs modernes
souvent mis au devant de la scène éditoriale. Ce prix viendra récompenser de
judicieuses rééditions d'auteurs anciens ou des intégrales lancées par les
maisons d'éditions souvent augmentées de nouvelles traductions ou d'un
intéressant appareil critique.
Artiste : enfin une
catégorie qui récompensera durablement et régulièrement ceux qui nous font
rêver avec ces couvertures alliant l'esthétique d'une image à la stylistique
d'une narration. Moment important de l'élaboration du livre en tant qu'objet
fini, la couverture s'efforce d'en être l'esprit mais aussi le miroir secret.
Cette catégorie est l'une des plus fondamentales du genre. Il était grand
temps que les artistes aient l'honneur d'un prix annuel accordé à leur art.
Mention spéciale :
Chaque année verra la nomination d'une mention spéciale pour un auteur ou un
artiste dont il est important de saluer l'excellence de l'oeuvre au regard
des suffrages du public comme du jury ou de l'un des membres du jury. Les
lauréats ne pourront dépasser le nombre de 5.
Editeur : les
maisons d'éditions font preuve chaque année de plus en plus d'audace quand à
leurs publications et la maquette de leurs livres. Quoi de plus normal que de
créer également un prix les concernant. De plus, nous assistons chaque année
à l'arrivée de nombreux nouveaux éditeurs. Cela s'imposait donc.......
Revue : certes, nous
sommes moins nombreux qu'ailleurs, mais lorsque j'ai pu voir l'ambition de
certains " petits nouveaux " cela laisse rêveur. Cette catégorie
est un hommage rendu à ceux qui oeuvrent beaucoup avec peu de moyens.......
Traducteur :
longtemps, cette catégorie a manqué de prix pour récompenser un travail qui
est probablement le plus difficile qui soit. Ce prix ressortira donc
uniquement du jury car suscitant une certaine connaissance des travaux
préludant à la publication en langue française. Ceci dit, à l'heure qu'il
est, la possibilité d'un vote public reste ouverte....
"Le Prix de l'Armée des 12
Singes" ne se veut pas un prix élitiste mais une récompense
destinée à récompenser chaque année tous ceux qui oeuvrent pour les genres de
l'imaginaire dans toutes leurs aspérités. Il n'est motivé par aucun
sectarisme ni élitisme mais est uniquement attentif à remarquer des personnes
qui se seront distinguées dans une catégorie relevant de l'imaginaire.
Cette année,
"Le Prix de l'Armée des 12 Singes" a récompensé
les personnes suivantes dans les genres suivants :
Prix du public :
SF roman : Fabrice Nicolas : Nous nous reverrons... hier
Cycles SF : Bujold : La saga Vorkosigan
Fantastique roman : Manou Chintesco : Les compagnons
d'Héla
Fantastique cycle : Valerio Evangelisti : Cycle de Nicolas
Eymerich Inquisiteur
Fantasy
roman : William Goldman : Princess
Bride
Fantasy cycle : Robin Hobb : Cycle de l'assassin royal
Essais et études : Emblèmes hors séries n°2 : Les Fées
Jeunesse : Ray Bradbury : Histoires de dinosaures
Jeunesse cycles : Liam Hearn : Le Clan des Ottori
Age d'or : Bram
Stoker : (4 romans : Dracula, l'invité de Dracula, la palissage rouge, la
dame au linceul et 28
nouvelles)
Anthologies : Jess Kaan : Dérobade (recueil)
Premier roman : Alain Leboutet : Aux sources du temps
Nouvelles : BIDCHIREN Olivier Destins croisés
Les méandres de la folie (NUIT D'AVRIL)
Artiste : Manchu
Mention Spéciale : Sandrine Gestin
Prix du Jury :
SF roman : Dan Simmons Illium
SF cycles : Orson Scott card : Ender
Fantastique roman:
Manou Chintesco
Fantastique cycles : Anne Rice Chronique des vampires
Fantasy : Robin Hobb le vol des Harpies
Fantasy cycles : Robin Hobb : cycle de l'assassin royal
Essais : Jacques Goimard critique des genres
Jeunesse : Clive Barker : Abarat 2 : Jours de lumière,
nuit de guerre
Age d'or : Francis Carsac : La vermine du lion
Anthologies : Jess Kaan dérobade
Premier roman (Fantastique) : F. Leloup : Soie sauvage
Aucune nouvelle n'a été sélectionnée
Artistes : Manchu
Mention spéciale : Formosa
|